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« L’étincelle de lecture » de Blanche Bitga: Partir ou mourir ? Le dilemme de la jeunesse camerounaise actuelle

Écrit par sur 3 mai 2024




De jeunes Camerounais candidats à l’immigration au Canada

Il y a quelques années encore, la question était de savoir jusqu’où étaient prêts à aller les jeunes camerounais dans leur quête de l’eldorado. Désormais, on est plutôt tenté de se demander quel est le prix à mettre sur la balance pour les convaincre de rester, quand même la mort ne les effraie plus. Cameroun : partir ou mourir ? Le dilemme de la jeunesse camerounaise actuelle
En 2023, L’institut National des Statistiques du Cameroun nous apprenait que le taux de chômage chez  les jeunes camerounais  était de 8,7% en 2021, soit une hausse de 3,0 points de pourcentage par rapport à 2010 (5,7%). Le rapport indique que la population en âge de travailler au Cameroun représente 62% de la population globale, soit un peu plus de 16 millions de personnes. Chose encore plus intéressante, si la situation des jeunes non-scolarisés est mauvaise, elle est encore pire pour les diplômés. Chez les jeunes camerounais âgés entre 25 et 35 ans et titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, le taux de chômage est de 14,8% soit cinq fois celui des non-scolarisés de la même tranche d’âge, évalué à 3%. Chez ceux dont le niveau d’instruction s’est arrêté au primaire, ce taux est de 4,2% contre 7,2% pour le premier cycle de l’enseignement secondaire et 10,2% pour ceux du second cycle. En d’autres termes : plus les jeunes sont instruits, moins ils ont de chances d’être insérés dans la vie professionnelle.
Et pourtant, des jeunes instruits, ce n’est pas ce qui manque au Cameroun. Chaque année, ils sont près de 75000 diplômés pondus par nos universités, prêts à se lancer à l’assaut de…Rien du tout, si ce n’est des challenges tik tok, des clashs sur le meta, et de la débrouillardise à tout va. Et là,  arrive le Messie canadien ! Comment résister à ses offres même  pour non diplômés, à ses promesses d’emploi maison résidence bref la vie tant rêvée par plusieurs générations de jeunes camerounais. Le pays se vide, le boutiquier du coin, le chauffeur taxi habituel la coiffeuse d’à côté…Ne les cherchez plus là-bas, ils sont désormais au Canada. On est alors tenté de dire ouff, tant qu’ils ne prennent plus la route du désert ou la  traversée de la mer. Mais le pays lui, regarde partir impuissant, ses fils et filles, ses intelligences et ses compétences, que peut-il leur proposer pour les retenir ?
Le chef de l’état encourageait au mois de Février dernier, les initiatives jeunes visant à l’auto emploi, mais les conditions pour leur éclosion sont-elles seulement réunies ? Les programmes de financement sont de véritables serpents de mer insaisissables, les régimes de taxation draconiens, le pouvoir d’achat en deçà du tolérable. Quant à la gestion éparse et désordonnée des cités, elle n’aide pas à créer un climat propice à l’informel pour les  plus téméraires d’entre eux. Ne nous quittez pas, oui a-t-on envie de leur susurrer presque en suppliant, ne sachant si c’est le  regret de leur absence ou l’abandon dans la souffrance qui nous anime.
Que mettre donc sur la balance, pour inciter ces jeunes à rester ? Que leur dire ? Si ce n’est que le Cameroun, ce Cameroun là, nous n’en n’avons pas deux. Que cet héritage que nous ont laissé nos parents, le fruit de batailles et des vies des martyrs, eh bien nous devons en prendre soin pour la postérité. Leur rappeler que malgré les blessures que ce même Etat leur inflige, le sang qui coule dans leurs veines reste et demeure vert rouge et jaune fardé d’une étoile au milieu. Peut-être devrions-nous leur demander pardon de ne pas nous-mêmes être les exemples qu’on dit attendre d’eux ? Ou bien leur expliquer qu’une fois au Canada, leurs voix compteront moins que si elles étaient ici accompagnées de leurs actes. Peut-être il faudrait juste que tout Camerounais à quelque niveau que ce soit se sente responsable de sa parcelle de pouvoir mais surtout de devoir faire de ce pays le chez soi où il fait bon vivre.

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