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« L’ étincelle de lecture » de Blanche Bitga: Marafa ou les anciens complices délaissés

Écrit par sur 26 avril 2024




Moins qu’une dénonciation des agissements du système au pouvoir au Cameroun, l’interview de l’ancien MINATD Marafa Hamidou Yaya accordée à nos confrères de Jeune Afrique ressemble plus à un appel de pied en direction du futur Président de la République à la veille de la présidentielle tant attendue de 2025. Il plaide en gros pour sa libération sous couvert d’une évacuation sanitaire à la Yves Michel Fotso.                     

Le ton est conciliant, supplicateur, à la limite pleurnichard. Affaibli, quasiment aveuglé par un glocaume qui  lui a déjà pris un œil, Marafa Hamidou Yaya, pourtant pas très bavard avec les médias alors qu’il était en fonction, en est à sa énième sortie médiatique en 12 ans de geôle. Cette fois, fatigué d’accuser, il tente une approche différente, espérant susciter la compassion et la miséricorde de ce système qu’il a servi avec abnégation et radicalisme durant de nombreuses années. Les mots sont plus tempérés, il tente même de dédouaner la responsabilité du Président Paul Biya dans ce qu’il vit depuis 2012 qu’il a été incarcéré, proposant même ses compétences et son expérience au prochain Président de la  République, ou au prochain système qui prendra ou qui sera maintenu au pouvoir.

C’est donc clair pour tout observateur, loin d’être anodine, cette sortie est une bouteille jetée à la mer, pour qui saura l’exploiter  une fois reçue. Claire et pour le moins prévisible, comme cela a toujours été le cas pour ces hauts fonctionnaires, épinglés par l’épervier ou tout autre animal faisant la chasse aux prébendiers de l’Etat. C’est en effet seulement une fois derrière les barreaux, que tous se rendent apparemment compte des travers et revers de cette même justice qu’ils défendaient hier, de la noirceur supposée de ce système du quel ils  ne s’attendaient pas à être éjectés et qu’ils ont pour certains, concouru à bâtir.

Tout le monde réclame et supplie pour un traitement de faveur, un tel veut pouvoir aller se soigner à l’étranger, un tel autre veut pouvoir bénéficier de meilleures conditions d’incarcération, un troisième réclame à pouvoir bénéficier même en prison de ses droits conjugaux (suivez mon regard). Ces mêmes qui disent réclamer une justice juste et équitable, clamant leur innocence à coup de lettres ouvertes tribunes libres interview et autres canaux médiatiques. Mais quelle justice appellent-ils quand juste à côté, d’autres innocents présumés coupables sont dans les couloirs de cette même justice depuis des décennies, attendant un jugement, dormant à  20 40 voire plus par cellule, bénéficiant à peine des soins les plus primaires de santé, et qui meurent dans le silence et l’ignorance absolue de leur misérable existence. Parce qu’ils n’ont été, ne sont, et ne seront jamais personnes dans et pour la République, méritent-ils eux, de croupir dans leurs cachots insalubres ? La question posée à ces anciens ministres, directeurs généraux, capturés comme des taupes par le monstre qu’ils ont fabriqué avec pour trait de caractère principal l’insensibilité et la froideur.

Et si chacun se met à table et confesse ses fautes en espérant le pardon du peuple ? Et si les interviews étaient plutôt de réels aveux et non plus juste des réquisitoires ? et si la justice était une et unique pour tous,   Que les sommes détournées étaient récupérées et redistribuées équitablement aux camerounais. Et si chacun faisait acte de pénitence consciente à la hauteur des torts causés aux populations. Et si enfin cessait l’hypocrisie politique pour que s’ouvre le vrai débat idéologique ? Avec des si, on aurait le Cameroun dont tous rêvent, sans pouvoir ou vouloir le  réaliser.

Blanche Bitga

 

 

 

 

 

 

 

 


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