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Politique : des partis contre la démocratie ?
 

Écrit par sur 20 novembre 2023




Par Roland TSAPI

De nouvelles associations politiques autorisées, pour selon le ministre de l’Administration territoriale répondre au souci du président de la république d’enrichir les débats et encourager l’expression des libertés. Mais ces partis viennent trouver près de 300 autres, qui peinent à s’exprimer sur le terrain, de quoi se poser la question de l’opportunité de nouveaux partis, qui à l’évidence viennent participer au jeu contre la démocratie.

Dans le principe, la légalisation des partis politiques au Cameroun est en droite ligne de la loi de 90 sur la création des partis, qui dispose qu’après avoir réunis les pièces requises, le dossier est déposé dans les services du gouverneur territorialement compétent, qui dispose de 15 jours francs pour l’acheminer au ministre en charge de l’Administration territorial, seul autorisé à donner au parti une existence légale. «En cas de silence gardé pendant trois (3) mois à compter de la date de dépôt du dossier auprès des services du gouverneur territorialement compétent, le parti est réputé exister légalement », précise l’alinéa 2 de l’article 7.  

Mettre l’autorisation de nouveaux partis sur le compte de la volonté de Paul Biya qualifié de «grand chantre de la démocratie dans notre pays» est dès lors une tricherie qui peut laisser croire que la volonté du président de la république est au-dessus de la loi. Mais non, l’autorisation des partis politiques est une simple application des lois qui fondent la république, et qui transcendent la volonté d’un homme.

Ceci étant, la multiplicité des partis politiques garantit-elle l’expression démocratique comme veut le faire croire le ministre de l’Administration territoriale ? Pas au Cameroun en tout cas. Les manifestations publiques font partie de l’expression des libertés. Mais au Cameroun, les manifestations publiques des partis politiques les plus en vue, en dehors de celles du parti au pouvoir, sont systématiquement interdites au motif de menace à l’ordre public. Le Social democratic front (Sdf), le Parti camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn) ou le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) ne le démentiront pas, des militants de ce dernier parti croupissent d’ailleurs en prison pour des peines allant jusqu’à 7 ans, interpellés dans leurs domiciles pour avoir eu l’intention de manifester publiquement.

Comme pour dire que c’est l’exercice des libertés sans répression qui fait la démocratie, et non la multitude des partis qui pour la plupart n’existent que dans le sac, avec des militants qui ne peuvent «remplir une cabine téléphonique» pour reprendre une expression bien connue dans le paysage, et dont les dirigeants ne sont visibles que quand il s’agit des coalitions opportunistes pour soutenir la candidat du parti au pouvoir à une élection présidentielle, dans l’espoir d’avoir une place à la mangeoire. Cela fait bien le jeu du parti au pouvoir.

Sa mission d’affamer le peuple étant achevée, il a conscience qu’en donnant l’opportunité à quelques individus de se faire appeler « président », il pourra bien les utiliser en temps utile pour fragiliser l’opposition et émietter les votes. Une fois la mission de ces « présidents » accomplie et la récompense obtenue, ils pourront toujours se confesser en disant qu’ils se sont trompés en critiquant le messie, comme Saul de Tarse, devenu Paul l’évangéliste.

Roland TSAPI


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