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OTS : Le Bâton ne fait plus mal.

Écrit par sur 6 octobre 2023




Par Roland TSAPI

Sous le prétexte de nécessité de service, le gouverneur de la région de l’Adamaoua croit étouffer les enseignants grévistes en les redéployant, mais il n’a réussi qu’à jeter l’huile sur le feu. La décision des collègues de la région de protester en guise de solidarité à leurs camarades, montre bien que les vieilles méthodes d’intimidation ne marchent plus.

Identifier les meneurs de grève et les sanctionner d’une manière ou d’une autre, c’est la vieille méthode utilisée par l’administration coloniale dans les années de lutte pour l’indépendance, pour tenter de casser le mouvement nationaliste.

Les leaders de l’UPC qui exerçaient dans la fonction publique, étaient ainsi baladés d’un coin à l’autre du pays, mais la méthode raffermissait plutôt les convictions idéologiques, et donnait même l’occasion aux leaders de mieux expliquer leurs combats là où ils allaient et ainsi gagner de nouveaux adeptes. L’administrateur colonial l’a compris plus tard, et a décidé de les regrouper dans une même ville pour mieux les contrôler.

Mais, il est parti en léguant ces techniques aux administrateurs locaux, formés et habillés pour les perpétuer. Des méthodes qui avaient plus à voir avec l’intimidation et la répression, qu’à la recherche d’une solution au problème posé. 63 ans après les indépendances, l’administrateur continue de penser qu’avec le bâton il peut résoudre un problème affectif, de subsistance, qui tient de la satisfaction des besoins élémentaires.

Non seulement l’administrateur camerounais tarde à comprendre que le monde a évolué et les approches ont changé dans la recherche des solutions aux crises, mais en plus il n’a pas compris que pour les enseignants aujourd’hui, même la mort ne compte pas, comparé aux humiliations qu’ils subissent du fait du mauvais traitement dont ils font l’objet dans leur carrière de misère.

Ils ont bien compris que dans les corps professionnels des fonctionnaires, ils sont les sacrifiés, les laisser pour compte, les mal aimés. Ils ont compris que le gouvernement a travaillé depuis longtemps à donner un sens à l’ingratitude de leur métier. Désormais, aucune punition ne les émeut plus, aucune menace n’a plus de sens.


Ils ont été poussés dans leurs derniers retranchements et ne sont plus mus que par l’instinct de survie qui est insouciant de la mort. On en est là, et toute action tendant à les frustrer va davantage les durcir.

Dans un communiqué signé le 1er octobre, le mouvement OTS a bien laissé entendre qu’il a pris acte de ce que le gouvernement ne veut pas se bouger face à la grève, en précisant qu’il ne compte pas reculer non plus, au contraire, il promettait de ne pas faire d’évaluations et qu’il n’y aurait pas des notes pour la première séquence de l’année scolaire.

Au lieu de traquer les enseignants, l’autorité administrative ne ferait-elle pas mieux de rendre compte en haut lieu de la gravité de la situation, et plaider pour que quelque chose soit fait, ou tient-elle à rester dans la logique contreproductive d’user le bâton contre celui qui ne sent plus mal ?


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