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Litige foncier : tous responsables, mais pas coupables

Écrit par sur 25 octobre 2023




Par Roland TSAPI

Les litiges fonciers qui se multiplient dans les villes notamment, mettent toujours en présence des parties qui clament chacune être dans ses droits, tandis que l’autre est l’usurpatrice. Entre les deux, la justice prend souvent tout son temps, et parfois trop de temps et finit par lasser les plus forts qui n’hésitent pas à sortir les gros bras et dicter leur loi.

Les scènes comme celle vécue à Bonabo au petit matin du 24 octobre 2023, la ville de Douala en est habituée. Ces scènes se succèdent et se ressemblent, d’une part par le caractère brutal et intimidant des opérations de destruction qui se déroulent au petit matin, suivies des pleurs et des jurons des victimes, et d’autre part par les protagonistes qui clament tous être les légitimes propriétaires. Les uns ont pour seul argument d’habiter là depuis 30, 40 ou 50 ans, les autres brandissent les titres de propriété signés en bonne et due forme, par les autorités compétentes, même si elles s’avèrent dans certains cas incompétentes.

Mais des curiosités sont à chaque fois évidentes : Comment une famille ou plusieurs occupent des habitations depuis près d’un demi-siècle, et ne se sont jamais souciées de la sécurisation de ces espaces, comment ces espaces ont été acquis, vendus par qui, qui représentait qui ? Et de l’autre côté, comment un individu réussi à obtenir un titre foncier sur des espaces occupées par des familles, sans que ces dernières ne soient au courant ? Quand s’est faite la levée topographique, l’implantation des bornes, avec quels témoins ?

Autant de questions qui laissent toujours planer le doute sur la sincérité des uns et des autres, ou qui mettent en lumière la négligence des uns et l’opportunisme des autres. Entre les deux, il y a une administration qui a perdu en crédibilité avec le temps, délivrant des documents supposés garantir une certaine sécurité, mais qui sont annulés du jour au lendemain soit par la justice, soit par le ministre de tutelle, ou qui sont soit confirmés par la justice et annulés par le ministre, soit annulés par la justice et confirmé par le ministre.

Tout cela ayant pour conséquence de créer une confusion totale, une eau trouble dans laquelle certains sont à l’aise pour pêcher. Ces scènes désolantes n’arrangent en réalité personne, même si elles permettent à certains corps de métier, comme les huissiers, les avocats et les forces de l’ordre réquisitionnées pour l’opération de se faire de l’argent au passage.

Mais c’est un défi de plus pour la justice, la vraie, et pour l’administration des domaines et des affaires foncières, qui a tout intérêt à assainir son milieu, et cesser d’être le fournisseur principal des affaires inscrites aux rôles dans les tribunaux camerounais. Si personne ne se sent coupable dans ces affaires de destruction des habitats occupés depuis des années, chacun a une part de responsabilité dans ce qui arrive souvent, et surtout les égos personnels et la poursuite effrénée des vanités de la terre, font en sorte que l’on oublie qu’un mauvais arrangement, vaut mieux qu’un bon procès


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