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Essengue : un mois à la belle étoile

Écrit par sur 1 avril 2022

Les populations de ce quartier de la commune d’arrondissement de Douala 1er, sont exposées à des maladies et des intempéries depuis la destruction de leur habitations par le Port Autonome de Douala (PAD).

 

Le long du port autonome de Douala, dans le 1er arrondissement de la capitale économique camerounaise,
Essengue, quartier populaire habité il y a cinq semaines, désormais un champ de ruines. Aux abords du Wouri, l’on aperçoit des centaines de pirogues, propriétés de ces pêcheurs Wassa et Mosgoum, peuple originaire de l’extrême-Nord Cameroun.

Ici, plus de cinq milliers d’hommes, femmes et enfants, dorment à la belle étoile pour certains, et d’autres sous des installations de misères, à la portée des intempéries. « La manière que le gouvernement nous a laissé sous la pluie il pleut chaque jour sur nous je ne suis pas convaincu« . Déplore François Nakyana, un pêcheur.

C’est une situation que François et ses frères, n’ont jamais souhaité, ni rêvé. Car ces derniers ont été contraints par le Port Autonome de Douala (PAD), de s’installer, à zéro pas de l’eau, à la merci des insectes et des maladies de mer. « Tout habitants d’Essengue n’est plus à l’aise. Même ceux qui ont pris la maison en ville se retrouve ici chaque jour à partir de 4h. Ils vont seulement visiter leurs enfants dans les maisons en ville et les ravitailler en poisson ça ne donne pas« . S’indigne Oumar le frère de Paul.

 

À l’origine de cette misère, la destruction par le PAD, de l’entièreté des habitations que comptait ce quartier. Des appartements, des cités estudiantines, des églises, des écoles, des espaces de divertissement. Tout ici n’est qu’un amas de béton et de fer. « Premièrement c’est la route qui devait passer, les voies de contournement que le chef de l’État a signé depuis 2007. Ils ont commencé par la route de miraco et la seconde route c’était la voie de contournement. Ils sont venus marquer ceux là qui étaient sur la route des voies de contournement. Il y avait 280 maisons qu’on a notifié et ceux-là mêmes ne sont pas indemnisés. Et nous les autres qui sommes à côté on était ni marqués, ni recensés ni payés. » Explique le pasteur Silas Amoudassia.

 

Un gros coup sur les activités de ces camerounais, sinistrés dans leur propre pays. Dans ce campement qui ressemble à celui des réfugiés, un robinet dessert plus de cinq milles personnes. Sous des abris momentanément installés, des cartons ou des matelas d’infortunes servent de couché. Les toilettes sont en plein air, la zone connaît plusieurs cas de paludisme, de typhoïde, et quelques cas de choléra comme le raconte Justin Badi. « On a fait appel aux district de Deido. Moi-même je suis agent communautaire mobilisateur. On a ces cas fréquents de maladies ici. » Justin Badi est médecin, l’un des deux présents sur le site. À notre arrivée, il a un patient sous traitement de paludisme. C’est la routine tous les jours pour l’homme soignant. « Pour le moment on a que le hangar. On a pas une place pour hospitaliser les patients. Mais on se bat« . Explique-t-il. Limités dans leurs moyens sanitaires, Justin au nom de la population appelle à l’aide.
« Nous sommes abandonnés. Et j’appelle ainsi le gouvernement pour qu’il vienne nous aider, qu’il nous apporte un soutien. Ou bien les ONG, qu’ils viennent nous aider. Nous sommes abandonnés. »

Justin Badi était en chantier au moment de la casse, comme bon nombre d’entre eux d’ailleurs. « J’ai dépensé plus de 700.000 francs CFA. Je n’ai même pas eu à habiter dans ma chambre. Et nous sommes abandonnés. On veut vraiment une aide. Nous sommes quand-même des Camerounais. » Souligne-t-il.
Abakar est étudiant à l’université de Douala. Il déplore l’indifférence de leurs élus, car ici, tous sont des militants du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). « Ce qui me fait le plus mal dans ma chaire c’est que comment cela se fait-il qu’une population est dans un sinistre comme celui-ci et on ne voit pas d’autorités. Où est le député que nous avons voté ici dans le quartier ? Où est le maire que nous avons voté ici dans le quartier ? Même venir exprimer une petite compassion pour dire que il y a ma population qui a été touchée, rien ».

La nuit tombe sur Essengue, une nouvelle sans sommeil pour la plupart, comme le pasteur Silas, qui a perdu plus d’une vingtaine de millions dans la casse. « J’avais des camps de locataire. J’avais beaucoup de studio à louer. Plus de 8 studio à louer et j’avais une villa de 5 chambres salon et salle à manger. ». Déplore-t-il.

Depuis un mois de calvaire, aucune élite, aucune organisation non gouvernementale ne s’est penchée sur le cas des sinistrés, non dédommagés d’Essengue. Entre désarroi et désespoir, se dresse la vie des 18000 habitants d’Essengue. Quartier étendu sur des hectares, presque sans vie à l’horizon, dans l’attente du secours du chef de l’État.

 

Joël FOKAM SANDIO


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