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David Eboutou : « De quelle unité peut-on se prévaloir aujourd’hui quand une petite oligarchie multiethnique maltraite plus de 25 Millions de Camerounais ? »  

Écrit par sur 20 mai 2024

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Le chercheur, historien et militant panafricaniste a commenté la célébration de la 52ème fête de l’unité nationale sur l’antenne de Radio Balafon. Voici quelques extraits tirés de son échange avec notre rédaction.   

 

« On a suffisamment épilogué sur l’historique de la fête de notre unité nationale. Peut-être faut-il rappeler que le Cameroun a accédé à l’indépendance le 1er Janvier 1960. Il s’agissait davantage du Cameroun francophone. Par la suite, il y a eu un passage à l’Etat fédéré le 1 er Octobre 1961. C’est par la suite que le gouvernement va choisir la date du 20 Mai comme date de la fête nationale du Cameroun pour commémorer l’abolition par le président Ahmadou Ahidjo de ce système fédéral du gouvernement en faveur d’un Etat unitaire. Nous sommes là en 1972. Il y avait une volonté sous-jacente pour pouvoir réunir les deux Cameroun. Il fallait donc marquer cela d’une empreinte historique pour que les Camerounais se souviennent qu’ils ont été divisés à un moment et que par la suite, ils ont choisi de se mettre ensemble.  La commémoration de cette date du 20 Mai 1972 bien qu’elle fasse l’objet de discussions assez particulières et intéressantes je dirais chez les historiens, mais toujours est-il que les Camerounais se rappellent de cette date comme la date qui rappelle la symbolique de l’unité du Cameroun »

 

« Quelle unité avons-nous aujourd’hui au Cameroun ? Si vous prenez l’ensemble des secteurs au Cameroun, vous remarquerez qu’il est difficile de parler d’une certaine unité. Y a-t-il une unité qui nous amène vers une cohésion nationale ? Une unité qui nous rappelle qu’effectivement, nous nous sommes impliqués dans la gestion du Cameroun ? Ces dernières années, nous sommes au regret de constater que notre histoire est mise à mal par un certain nombre de crises qui frappent directement l’État du Cameroun. Regardez au plan sécuritaire avec les crises dans le septentrion, dans la partie anglophone, un peu de partout aujourd’hui. Parce qu’il y a comme un malaise général qui amène une partie de nos compatriotes à constater qu’ils ne sont pas assez sollicités dans la bâtisse de notre pays. Malheureusement, tout cela est entretenu par un pouvoir hyper centraliste qui en réalité manipule tout du haut et nous laisse nous battre en bas avec toutes les conséquences qu’on voit. De quelle unité peut-on donc se prévaloir aujourd’hui quand une petite oligarchie multiethnique, c’est à-dire que ce sont des gens qui se retrouvent à la tête de l’Etat, qui viennent un peu de partout et qui font chorus autour du pouvoir central et maltraitent plus de 25 Millions de Camerounais qui souffrent au quotidien, qui tirent le diable par la queue et qui n’arrivent même pas à remplir les petits besoins primaires auxquels un individu normal devrait aspirer. On devrait donc parler de quelle unité ? »

 

« L’on ne sait pas de quel côté vendrai la petite goutte d’eau qui viendra finalement faire déborder le vase. L’ensemble des Camerounais se retrouve dans des dynamiques de frustration au quotidien. Il y a des gens qui sont frustrés parce qu’ayant raté des concours.  Il y en a parce que délaissés dans leurs droits, parce qu’une mauvaise justice s’est abattue sur eux, parce que n’arrivant pas à envoyer leurs enfants à l’école. Il y a des gens qui sont frustrés parce que pensant effectivement qu’ils peuvent apporter quelque chose   au pays, mais ils sont délaissés. Il y a plusieurs niveaux de frustrations et ces frustrations-là grandissent en chacun des Camerounais. Elles arriveront à un moment où elles seront insupportables et pourront donc se manifester de la façon la plus violente. C’est pour cela que j’aime à rappeler que la frustration est en réalité mère de la violence. C’est du rôle de l’Etat de canaliser ces frustrations habitent les Camerounais aujourd’hui. Les Camerounais sont frustrés de leur gouvernance. Une gouvernance maladroite, violente, arrogante ostentatoire qui nous enfonce dans les abimes les plus compliquées. Regardez l’état du Cameroun aujourd’hui. Quand vous sortez du Cameroun et que vous voyez des pays qui hier encore étaient au même niveau que nous. Même le petit Togo aujourd’hui a fait des bonds en avant pendant que nous sommes en arrière. Pendant ce temps, on nous sortira des grands principes d’unité nationale, mais de quelle unité nationale parle-t-on ? »    

 


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