Région du Nord-Ouest : Philémon Yang avoue l’échec du pouvoir.

Written by on 1 décembre 2020

Comme s’il n’y était pour rien, celui qui bat le record de longévité au poste de premier ministre au Cameroun a avoué que cette région est mal géré depuis 30 ans.

En campagne électoral à Bamenda le 25 novembre 2020 dans le cadre des élections des conseillers régionaux du 06 décembre prochain, l’ancien premier ministre Philémong Yang, président de la commission régionale de supervision de la campagne pour le compte du Rassemblement démocratique du peuple camerounais a déclaré : « La région a été mal gérée pendant près de trente ans c’est-à-dire de 1990-2020, nous allons reprendre en main notre région pour la remodeler soigneusement et s’assurer qu’elle soit plus sécurisée, productive et ce faisant avoir un avenir ».

Qui a géré la région depuis plus de 30 ans, est –on en droit de se demander. Bien sûr c’est le Rassemblement démocratique du peuple camerounais, qui nomme les gouverneurs, les préfets, les sous-préfets, les délégués régionaux et départementaux des ministères, les différents délégués du gouvernement à la communauté urbaine de Bamenda et aujourd’hui le maire de la ville. Dans le décret n° 2008/377 du 12 novembre 2008 fixant les attributions des chefs de circonscriptions administratives et portant organisation et fonctionnement de leurs services, il est précisé à l’article 4 : « (1) Le gouverneur, haut fonctionnaire nommé par décret du président de la République, est dépositaire de l’autorité de l’Etat dans la région. A ce titre, il représente l’état dans tous les actes de la vie civile et en justice, veille au respect et à l’exécution des lois, règlements et décisions du gouvernement, veille à la mise en œuvre du plan et des programmes de développement économique et social, assure le maintien de l’ordre public, en application des lois et règlement en vigueur, prend les mesures nécessaires à la préservation de la paix sociale et au bon fonctionnement des services déconcentrés de l’état dans la région, s’assure le cas échéant, de l’effectivité de la continuité du service public dans les administrations et organismes placés sous son contrôle, assure les relations avec les postes consulaires. (2) Il exécute, de façon générale, toutes les missions qui lui sont confiées par l’autorité centrale.
(3) Il réside au chef-lieu de la région. Article 5, (1) Le gouverneur assure, sous l’autorité des ministres compétents, la supervision générale, la coordination et le contrôle de l’activité des services déconcentrés de l’Etat dans la région, à l’exception de ceux relevant de la justice.
 »

Depuis 1990, date de référence que prend l’ancien premier ministre Philémon Yang, la région du Nord-Ouest a eu comme gouverneurs Magloire Nguiamba de 1989 à 1991, EbongNgollè de 1991 à 1992, Bell Luc René de 1992 à 1996, FaïYengo Francis de 1996 à 1998, Adrien Kouambo de 1998 à 2003, suivi de Koumpa Issa jusqu’en 2007, AbakarMahamat de 2007 à 2012, et Adolphe LeleLafrique depuis 2012, toujours en poste. 8 gouverneurs au total dans la période durant laquelle la région a été mal gérée comme l’avoue l’ancien premier ministre. Est-ce donc ceux-là qui sont pointés du doigt, étant donné que de par leur mission ils doivent assurer le développement harmonieux de la région ?

Dans la même période, la région est passée de 3 départements à savoir Bamenda, Wum et Nkambè à 7, dont les départements du  Bui, Mezam, Ngo Ketunjia, Momo, Boyo, Menchum et Donga Mantung tous toujours sous la gestion des préfets nommés par le même parti le Rdpc. Sont-ils les mauvais gestionnaires dont parle l’ancien premier ministre ?

Au cours de cette période également, cette région mal gérée a eu deux premiers ministres, dont Simon AchidiAchu de 1992 à 1996 soit 4 ans, et Philémon Yang de 2009 à 2019, soit 10 ans. Il faut dire que celui qui fait l’aveu aujourd’hui de la mauvaise gestion a battu le record de longévité au poste de premier ministre depuis l’histoire de l’ère moderne du Cameroun. Et sur les 30 ans incriminés, le Cameroun a eu 6 premiers ministres, et les deux originaires de la région du Nord Ouest cumulent à eux seul 14 ans, soit près de la moitié. Il faut au passage remarquer qu’il y a des régions qui sous le régime actuel ne rêvent même pas d’avoir un premier ministre un jour. D’après l’article 12 de la Constitution, le Premier Ministre est le chef du Gouvernement et dirige l’action de celui-ci. C’est-à dire que la mise en application du programme gouvernemental lui incombe. Donc l’ancien premier ministre, président de la commission régionale de supervision de la campagne a eu le privilège de diriger l’action gouvernementale pendant 10 ans, et rien de l’empêchait d’avoir un œil particulier sur la région dont il est originaire, c’est d’ailleurs ce qui était attendu de lui.  Il est vrai que depuis 1996, le Social democratic front de John FruNdi a remporté les élections dans bon nombre de communes de la région, mais il n’échappe à personne que malgré les discours sur la décentralisation, qui suppose le transfert des compétences aux mairies, le pouvoir central a continué de freiner des quatre fers, craignant de perdre les privilèges et autres avantages liés à la gestion des budgets, et plus encore, les véritables maires des communes sont restés les préfets nommés par le pouvoir Rdpc.

Si donc dans ses propos, Philémon Yang essayait de rejeter la responsabilité de la dégradation du niveau de vie dans la région du Nord-Ouest sur quiconque, il ne serait pas étonnant, étant donné que le parti Etat au pouvoir depuis 1961 n’a jamais reconnu sa responsabilité de la mauvaise gestion du pays dans l’ensemble, et des régions en particulier. Mais si l’ancien Premier ministre reconnaissait ainsi l’échec de son parti, de lui-même et de toutes les élites de la région, qui ont manqué à leurs missions de développement en ne pensant qu’à eux-mêmes, on pourrait s’en réjouir, car comme dit le proverbe, une faute avouée est à moitié pardonné, et surtout la prise de conscience est un premier pas vers le changement. Parce qu’il ne faut pas se tromper, le collège électoral de la région du Nord-Ouest est  essentiellement constitué des conseillers municipaux Rdpc, qui dans sa gibecière totalise 1057 conseillers municipaux sur les 1088 dans la région, en plus d’être le seul parti en lice ici pour les élections régionales. En définitive, ce n’est pas maintenant que le parti va récupérer la région des mains de qui que ce soit, puisqu’elle a toujours été entre ses mains. Le parti va seulement augmenter quelques chaises dans la maison pour accueillir d’autres enfants restés dehors. Et augmenter les chaises dans la maison ne fait pas que la fête finisse plus vite, cela fait plutôt que l’on mange plus.

Roland TSAPI


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